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  4. Réformes Agraires en Amérique Latine : Origines, Enjeux, Défis

Compte-rendu de la conférence

Janvier 2007

Intervention de Michel Merlet, quelques notes

Cette intervention s’est déroulée en 4 parties
-  Répartition de la terre de par le monde
-  Caractères originaux des systèmes agraires
-  Pourquoi les réformes sont-elles nécessaires ?
-  Typologie rapide des réformes agraires

Répartition de la terre de par le monde

On peut renseigner la carte du monde avec des indices qui caractérisent le degré d’égalité, par exemple l’indice Gini, calculé sur l’usage de la terre. Lorsque l’indice Gini vaut 1, la terre a un seul propriétaire, et un indice de 0 signifie qu’il y a répartition égale entre tous les usagers. On trouve alors que c’est en Amérique Latine que la terre est la plus inégalement répartie. Dans toute l’Amérique Latine, sauf le Mexique et la Bolivie, les indices indiquent une forte inégalité, malgré toutes les réformes agraires qui ont eu lieu.

Caractères originaux des systèmes agraires

Avant la conquête de l’Amérique Latine, les situations dans les pays étaient très diverses. Dans certains pays on trouvait des sociétés très développées, avec un état structuré et des populations denses, où dominaient les cultures irriguées et le maïs. D’autre part, il existait des territoires vastes sans véritable état, dont les populations vivaient de cueillette et de chasse. La colonisation a provoqué un immense génocide et l’instauration d’un système social particulier basé sur les criollos (fils et filles d’Européens, nés en Amérique Latine, et détenant le pouvoir sur la terre). Ce système a vu naître de grandes exploitations (latifundias) aux côtés de petites (minifundias), sans qu’il n’existe vraiment de marché ou de propriété privée. Le contrôle de la population était difficile. Il y avait une forte tendance à l’évasion de la part des producteurs indiens, qui repoussaient la frontière agricole en s’installant toujours plus loin dans la forêt par défrichement. A partir du XIXème siècle ont été votées des lois libérales qui ont changé le rapport à la terre. La situation a ensuite évolué vers les systèmes modernes. Les migrations européennes ont joué un rôle important, notamment en Argentine et au Sud du Brésil, qui ont actuellement des systèmes agraires particuliers. D’autre part, les plantations installées par les multinationales (bananes par exemple), ont également changé le paysage agraire.

Pourquoi les réformes agraires sont-elles nécessaires ?

On ne fait pas de réforme agraire pour les paysans. Les petites unités de production sont plus efficaces que les grandes unités dans ce contexte. Les chiffres de la banque mondiale corroborent ce fait : la production par hectare de zone cultivée est supérieure dans les petites exploitations. C’est pourquoi la société a tout intérêt à favoriser les réformes agraires. C’est un intérêt global pour la société, et non un souci de justice sociale, qui pourrait motiver les réformes. Les marchés fonciers ne redistribuent pas la terre de manière optimale, d’où la nécessité d’agir avec les outils gouvernementaux. L’accès au foncier en Amérique Latine est conditionné par le développement urbain très important, et par l’intégration au marché mondial, qui tirent les prix des denrées agricoles vers le bas. Mais il faut s’entendre sur les termes employés : une réforme agraire n’est pas la colonisation ni la légalisation de terres de frontières agricoles. Ce n’est pas non plus une politique permanente. Enfin une réforme agraire doit avoir pour vocation la redistribution des terres.

Typologie des réformes agraires

-  Réformes avant les années 1960

  • Mexique : début lors de la révolution mexicaine au début du XXème siècle —> reconstitution des structures indiennes
  • Bolivie, Guatemala

-  Réformes après la révolution cubaine (1959-61)

  • Gouvernements militaires progressistes : confusion entre colonisation agricole et redistribution foncière

-  Réformes plus récentes

  • Il existe des expériences nouvelles de réformes agricoles soutenues par le marché.

Les réformes agricoles actuelles ne peuvent pas être identiques à celles d’hier. En effet, le contexte mondial a changé. Il est nécessaire d’implémenter des politiques publiques complémentaires, afin de composer avec les autres secteurs de l’économie et la société dans son ensemble.

Compte-rendu rédigé par Sophie Carton. L’exactitude des informations n’est pas garantie.